Libre accès

Le libre accès est un mouvement qui s’inscrit à contre-courant du modèle traditionnel des publications scientifiques. Le modèle traditionnel consiste en la publication de revues savantes accessibles selon certaines conditions, notamment des frais d’abonnement pour accéder au contenu. Depuis quelques années déjà, les éditeurs commerciaux ont pris peu à peu le contrôle de l’édition savante, acquérant les revues ayant de forts facteurs d’impact (mesure d’évaluation de la visibilité d’une revue par un calcul des citations des articles qu’elle a publiés). Ce monopole a entrainé une augmentation considérable des frais d’abonnement aux revues scientifiques, ce qui a incité les bibliothécaires, premiers à constater la crise, a sonné l’alarme.

En réponse à cette restriction d’accès aux publications savantes, certains chercheurs ont commencé à publier leurs articles gratuitement sur internet. Pour bien circonscrire ce nouveau mouvement, les chercheurs se rassemblèrent pour édicter les fondements du libre accès, notamment à Berlin, Bethesda et Budapest (les 3B), statuant notamment que le libre accès se définissait comme l’accès libre, complet et gratuit à la production scientifique, sans autre prérequis qu’un ordinateur et une connexion internet.

Devant l’importance du phénomène de publication en libre accès, les éditeurs durent établir de nouveaux modèles économiques pour pouvoir assurer l’accès gratuit aux ressources, tout en couvrant leurs frais de publications. Parmi ceux-ci, deux s’opposent : le modèle coopératif et le modèle APCs. Dans le premier cas, le modèle coopératif, les éditeurs se regroupent et paient une cotisation annuelle pour obtenir des services de publication et de commercialisation de leur revue. Dans le cas où la coopérative serait lucrative, les profits sont redistribués aux éditeurs au prorata de leur cotisation. Dans le second cas, les APCs (Article Processing Charge), l’éditeur charge des frais de publication à l’auteur pour chaque article publié dans la revue.

Le libre accès aux publications scientifiques est un modèle encore en mouvement, et par conséquent, de nombreuses composantes restent à définir. J’ai toutefois eu l’opportunité d’apprendre à propos de ce mouvement et de ses concepts dans le cadre du cours ISI 5301 Information and Society, le cours ISI 6300 Special Topics in Information Studies-Open Access, ainsi que dans le cadre d’une expérience d’assistante de recherche pour un projet portant sur le modèle économique APCs, en cours à l’École des sciences de l’information.

Dans le cours ISI 5301 Information and Society, j’ai pu en apprendre davantage sur le modèle d’édition coopératif en étudiant le cas du Consortium Érudit, en effectuant un travail de recherche sur ce sujet. Ce consortium, soutenu par trois universités québécoises — Université de Montréal, Université Laval et Université du Québec à Montréal — rassemble des revues à teneur scientifique et culturel portant sur les lettres et les sciences sociales, publiées majoritairement en français. Les revues sont disponibles sur un site internet entretenu et hébergé par le consortium, et permettent aux éditeurs participants d’avoir une plus grande visibilité et d’accéder à des services technologiques (entretien des serveurs, mise en ligne des numéros). Ce modèle économique est très intéressant pour les éditeurs, puisqu’il leur permet de conserver leur indépendance d’édition tout en mitigeant les risques liés à la publication électronique (coût élevé du matériel, expertise technologique nécessaire, publicité et marketing dilué dans la masse des revues savantes). Comprendre ce modèle économique de la publication savante en libre accès m’a fait comprendre les réalités de la publication d’une revue indépendante, notamment les difficultés rencontrées lors de la mise en ligne et de la diffusion de leur contenu.

Lien vers le travail remis : Coopérative d’éditeurs – le cas d’Érudit

J’ai aussi suivi le cours ISI 6300 Special Topics in Information Studies qui portait spécifiquement sur le libre accès. Dans ce cours, j’ai pu approfondir mes connaissances sur le libre accès, plus particulièrement par l’accomplissement d’un travail de recherche sur les données ouvertes. En effet, une fois accepté le concept du libre accès des publications savantes dans le monde de l’édition et de la recherche, un nouveau domaine similaire tend à émerger : le partage des données sur lesquelles reposent les recherches publiées. L’ouverture des données offre de nombreux avantages pour la recherche, comme la possibilité de reproduire les processus de recherche dans un but de validation ou de préservation, de même que l’accélération de la recherche (les bases de données permettant l’analyse d’angle d’une problématique différent, le chercheur qui y a accès sans avoir à la constituer gagne un temps précieux). Ce phénomène est étudié depuis plusieurs années déjà, bien que peu de chercheurs y adhèrent encore aujourd’hui. La peur de la perte de la reconnaissance de la propriété intellectuelle et la sécurité des données sensibles y jouent pour beaucoup. Pour répondre à ces préoccupations, ainsi qu’à des inquiétudes portant sur la préservation à long terme de ces données, certains chercheurs ont créé des logiciels pour optimiser et faciliter la gestion de ces données ouvertes.

Pour effectuer ce travail de recherche, je me suis concentrée plus particulièrement sur un de ces logiciels : le Dataverse Network de Institute for Quantitative Social Science (IQSS), de l’Université Harvard. Ce logiciel et ses fonctionnalités m’intéressent parce qu’ils sont utilisés par le Scholar Portal pour gérer le partage des données des chercheurs des universités ontariennes affiliées à cette structure.

J’ai découvert que ce logiciel, par ses fonctionnalités, pourrait susciter l’intérêt des chercheurs par rapport au partage de leurs données. En effet, ce logiciel contient des options de sécurité pour les données, qui donnent aux chercheurs une latitude intéressante dans la gestion de leurs bases de données. Par exemple, les auteurs peuvent déterminer des conditions d’utilisation des données (offrant des options aussi vastes que l’accès complètement ouvert ou l’interdiction de consultation). Le logiciel crée aussi automatiquement des métadonnées lors du téléversement des données par l’auteur, lui attribuant de facto l’autorité sur ce contenu. Enfin, le système enregistre les données dans des formats d’archivage ouverts pour en optimiser la préservation. Ces éléments ne constituent que quelques fonctionnalités du logiciel, qui, une fois analysé, se révèle être très complet. De plus, ce logiciel est en code ouvert, ce qui favorise son utilisation par toute institution désirant gérer des données ouvertes. Par conséquent, il est très encourageant de constater que des spécialistes travaillent à la création d’outils aussi efficace pour favoriser ce mouvement du libre accès et en maximiser l’impact.

Lien vers le travail à venir

J’ai enfin acquis un précieux enseignement sur le libre accès et ses modèles économiques dans le cadre d’un travail comme assistante de recherche pour un projet portant sur les APCs, dirigé par la Professeure Heather Morrison. Je traite plus longuement de cette expérience dans la section Recherche & évaluation-Méthodologies.

Le libre accès est pour moi un sujet de grand intérêt. J’ai décidé de poursuivre mes études au doctorat afin d’en apprendre davantage sur ce mouvement et ses composantes. Les connaissances que j’ai tirées des travaux de recherche et de mon poste d’assistante de recherche me serviront tout au long de mon parcours doctoral (voir la section Plan de carrière pour plus d’information à ce sujet).

Références

Bernatchez, J. (2015). « Le libre accès aux publications scientifiques : référentiels, principes, normes et modalités », Documentation et bibliothèques, Vol. 61, No. 1, pp. 6-14. Repéré à http://www.erudit.org/revue/documentation/2015/v6/n1/1028999ar.html?vue=resume&mode=restriction

Barsky, E., Brosz, J. et Leahy, A. (2016). Découverte des données de recherches et écosystème du savoir au Canada. Repéré à https://portagenetwork.ca/fr/nouvelles/livre-blanc-exploration-des-donnees/

Crow, R. (2006). Publishing Cooperatives: An Alternative for Non-Profit Publishers. First Monday, Vol. 11, No. 9. Repéré à http://firstmonday.org/article/view/1396/1314

Guédon, J.C. (2001). In Oldenburg’s Long Shadow. Washington, D.C.: Association of Research Libraries.Repéré à http://www.arl.org/component/content/article/6/2598

King, G. (2007). « An Introduction to the Dataverse Network as an Infrastructure for Data Sharing ». Sociological Methods and Research 36, p. 173–199.

 

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Mes valeurs

L’égalité entre les personnes, le partage, le respect et la solidarité sont des valeurs que je possède depuis l’enfance. Il est en effet important pour moi que chacun ait sa place, délimitée par celles des autres, mais dont chacune est égale. Le partage et le respect sont, à mon avis, la clé de la réussite de cet idéal dans la mesure où les membres de la société sont respectés pour ce qu’ils sont et que les ressources sont distribuées équitablement. C’est ainsi que nous pouvons revendiquer le titre de démocratie pour notre société et tendre à vivre en harmonie. Plus tard, j’ai compris que le travail collaboratif, encourageant le dialogue qui ne vaut que sous le sceau de la liberté d’expression, permettait un réel effort de vivre ensemble. Pour ces raisons, j’espère appliquer au quotidien ces valeurs fondamentales.

J’ai retrouvé nombreuses de ces valeurs chez les professionnels de l’information, notamment dans l’énoncé de valeurs de l’American Library Association. Assurer l’accès à l’information aux populations qu’elle dessert est la première responsabilité des bibliothécaires. C’est en effet le fondement même de la profession et chacune des tâches associées au bibliothécaire va dans ce sens, que ce soit d’acquérir et de maintenir une collection, d’assurer l’accès à internet gratuitement, d’offrir de la formation pour les usagers. Même les tâches plus techniques contribuent à optimiser l’accès à l’information, par exemple, le catalogage, qui facilite la recherche. J’ai eu l’opportunité de contribuer à l’accès au savoir lors de mon stage coop par l’offre de service de référence que j’ai effectuée tout au long de mon contrat. J’ai tiré de ces expériences une grande fierté, puisque j’ai eu l’impression de contribuer aux projets de ceux que m’ont demandé de l’aide pour obtenir des ressources.

La démocratie, ensuite, indique à qui cet accès doit être assuré : au plus grand nombre. La démocratie s’illustre par une volonté de rendre accessible le bien commun, l’information, à un maximum de gens, peu importe le sexe, l’âge, la culture, la provenance, etc. La démocratisation des savoirs est pour moi d’une grande importance parce qu’elle permet l’émancipation. En effet, c’est par la connaissance qu’une personne, un peuple, une nation peuvent s’extraire d’une condition difficile et s’élever. Bien sûr, les raisons qui poussent une personne à acquérir des connaissances sur un sujet donné ne sont pas nécessairement dramatiques, cet individu pouvant seulement désirer s’instruire sans que le sujet n’ait un impact considérable sur sa vie. Toutefois, peu importe les raisons qui poussent une personne ou une collectivité à acquérir de l’information, cette dernière doit lui être accessible pour que chacun ait une chance égale.

De plus, il importe pour le bibliothécaire que l’usager soit libre de consulter le type d’information qu’il désire, sans éprouver la crainte de jugement ou de représailles. La liberté intellectuelle est importante du fait qu’elle permet la divergence d’idées menant à des débats pertinents dont la finalité est souvent liée à des découvertes importantes. La répression de la curiosité intellectuelle est quant à elle un indicateur sûr de la fin ou de l’inexistence de démocratie dans une nation. Il importe donc, pour nous assurer de vivre dans une société où la liberté intellectuelle représente une composante sine qua non, de toujours protéger la confidentialité des recherches des usagers d’une bibliothèque. Ainsi, par le respect de la confidentialité des recherches des usagers, nous respectons la liberté intellectuelle de tous et nous participons, du coup, à la démocratie.

Pour que les valeurs précédemment citées puissent être respectées, il importe que les bibliothèques contiennent des collections riches et variées pour être en mesure de répondre à un plus grand nombre d’usagers possible. La préservation de ce contenu est primordiale, puisqu’elle permettra aux générations présentes, mais aussi futures d’accéder à cette information diversifiée et perpétuera le cycle d’accessibilité, de liberté et de démocratie. Lors de mon stage coop, j’ai eu la chance de pouvoir travailler à un projet d’archivage du web qui consistait en la préservation de tous les documents web cités dans les jugements de la Cour suprême. Cette opportunité m’a bien fait comprendre l’importance et la difficulté de conserver les documents à risque d’être perdus pour les générations futures et a renforcé en moi ce sentiment de l’importance d’un processus rigoureux et homogène.

Par ces valeurs, les bibliothécaires encouragent donc le libre accès au bien commun et participe à la liberté intellectuelle et la démocratie. La place accordée à la préservation dans la liste de valeurs de l’American Library Association indique que cet accès, cette liberté et cette démocratie doivent perdurer dans le temps. Bien que je n’envisage pas une carrière en bibliothéconomie, ces notions sont d’une grande pertinence pour moi et occuperont une place importante dans ma carrière professionnelle. En effet, j’envisage d’étudier en profondeur ces notions de libre accès du bien commun que représentent les savoirs, en me concentrant plus particulièrement sur l’accès libre et gratuit aux publications scientifiques, enjeu d’importance auquel j’ai été initié dans le cadre de cours, mais surtout comme assistante de recherche pour un projet portant précisément le libre accès.

Je propose d’étudier, dans le cadre d’une thèse de doctorat, comment les nouveaux médias et outils du web 2.0 — réseaux sociaux, blogues, wikis — contribuent à une démocratisation des savoirs à grande échelle, puisque employés par un nombre grandissant de chercheurs pour la diffusion de leurs recherches. Ces réseaux sociaux et outils du web 2.0 sont ouverts et accessibles à toute personne ayant accès à une connexion internet et sont déjà employés par de nombreuses personnes. L’utilisation de ces plateformes peut ainsi maximiser l’impact de diffusion des recherches parce que les outils que les chercheurs emploient le sont aussi par le grand public, qui en comprennent les rouages. La rapidité de distribution est par ailleurs une des raisons qui expliquent la popularité grandissante de l’utilisation des réseaux sociaux et autres outils du web 2.0 pour la diffusion de ce type de contenu. Plus concrètement, je tenterai de découvrir si l’utilisation de ces plateformes est suffisamment efficace pour affirmer qu’elle contribue au mouvement du libre accès, et si oui, quel impact cela aura sur la communication scientifique dans les prochaines années.

La préservation de l’information numérique occupera une place importante de ma réflexion, du fait que les plateformes utilisées pour héberger ces informations n’ont pas été conçues pour leur assurer un accès à long terme, mais une diffusion immédiate. Par conséquent, il importera de se pencher rapidement sur des processus de préservation afin de maintenir l’accès à ces savoirs contenus sur ce type de plateforme.

 

Références

American Library Association (2004). Cores Values of Librarianship. Repéré à http://www.ala.org/advocacy/intfreedom/statementspols/corevalues